Vendredi 6 avril 2007
A lire la une de pas mal de sites et quotidiens il y a même urgence d'une confrontation venant combler un vide insondable, que, pour ma part, j'étais loin de soupçonner.



Il me semblait, en effet, que, le Net ayant largement contribué à ajouter ses rumeurs, mais aussi ses points de vue, le plus souvent très critiques et, parfois, dans le meilleur sens du terme, à celles des médias traditionnels de la presse et de l'audiovisuel, lui même largement dédoublé avec la présence de nouveaux canaux tels que LCP, LCI, i-Télé, etc., le bruit médiatique autour de la campagne présidentielle était devenu si assourdissant qu'il était bien difficile de s'entendre penser.

Car, cette pratique, penser, reste, pour moi, ce à quoi doit faire place cette débauche de discours, de petites phrases, de répliques acerbes, d'échanges de propos vengeurs, qu'ont considérablement amplifiés notre réseau médiatique moderne. Oui, penser, peser, délibérer, en envisageant ce qu'apporterait en bien comme moins bien, telle ou telle initiative politique prônée par les divers candidats. Oui, penser, mais dans ce monde écrasé par une surenchère d'informations provenant de tous les horizons politiques, comment et quand peut-on encore trouver le moyen et le temps d'ordonner l'innombrable qui nous assaille?

En disant tout simplement: cessez. Les informations nécessaires à déterminer notre choix électoral sont plus que largement suffisantes, même si dans certains domaines, nombre de questions essentielles restent dans l'ombre. Ne citerait-on que ceux de la politique internationale, la défense nationale, la culture et le patrimoine historique, la recherche scientifique, que cela serait largement assez. Un seul candidat a jugé bon d'élever la voix pour rompre le silence des autres. C'est dire l'estime qui est accordée à ces problématiques, devant lesquelles, pourtant, on ne pourra pas reculer dans les mois qui vont suivre le printemps. Mais du moins, avons-nous, par défaut, la nomenclature des questions esquivées comme révélateur des positions des candidats.

Alors, dans ces conditions, le débat que se propose d'organiser sur le Net le site Agora Vox a de quoi irriter. J'en veux d'ailleurs pour simple preuve, imparfaite, je l'accorde, et cependant irréfutable, les réponses au questionnaire proposé sur les pages consacrées aux présidentielles 2007 par le site Yahoo. A question simple, reponse limpide: "Des débats contradictoires ?", sur le Net: 6%; à la TV: 54%; peu importe le média: 23%; pas besoin de débat: 19%. Considérant que le nombre d'opinions exprimées (13701 votes en moins de trois jours) est largement suffisant, même si l'échantillon n'est pas forcemment représentatif de la population française, le verdict ne souffre pas d'équivoque, d'autant qu'il traduit la réaction des internautes eux-mêmes: sur le Net on préfère un débat, mais à la TV. En sorte que l'initiative est désavouée. Et on le comprend, car le Net n'offre pas les mêmes garanties de "visibilité" que celles qu'assure la TV, notamment sur le plan technique (la diffusion vidéo suppose un accès au Net à haut-débit, condition qui est loin d'être généralisée).

Et c'est tant mieux! Car que devrait-on penser d'une démocratie fondée sur la possession d'un outil technologique encore réservé au plus petit nombre? Que seule une minorité disposerait des "clés" nécessaires pour pouvoir formuler un choix éclairé? D'ailleurs, sans même prendre en compte ces réserves, le débat dont on nous "rebat" les oreilles, quelle valeur aurait-il? Il serait particulièrement anti-démocratique de considérer que parmi les douze candidats à cette élection, certains devraient avoir droit à plus d'égards que d'autres. Et bien c'est cependant ce qu'envisage l'aréopage d'Agora Vox: quatre candidats "débatant", les autres intervenant! Comment? Mystère! D'ailleurs, à quatre seulement, quel protocole adopter pour décider des interventions, des réponses, des interpellations? Mystère!

Tout homme sensé sait, depuis Platon, que le dialogue, l'échange n'a d'efficace qu'à deux. Et encore, dans notre cas, faudrait-il postuler que les candidats aient tous suivi les leçons du philosophe pour intervenir à bon escient et que, de surcroît, un Socrate soit disponible pour guider les interlocuteurs. Je doute que cette perle-là puisse de nouveau surgir, il n'en existe qu'un par humanité selon les statistiques, et que ceux-là aient fait leur profit de l'enseignement du seul exemplaire connu. Non, restons sérieux: l'agora de notre monde d'aujourd'hui est plus un lieu d'invectives et d'attaques perfides qu'un lieu d'échanges courtois et sincères, lequel n'a jamais eu d'horizon que dans l'esprit du maître de l'Académie.

Ce que je discerne bien plutôt derrière ce débat qu'on réclame, c'est la "réclame" dont bénéficierait le site Agora Vox, placé alors sur les hauteurs de la cité du Net, hissé par la gloire d'un spectacle qui n'ajouterait rien à ce que, d’ores et déjà, nous connaissons: ceux qui souhaitent savoir savent, ceux qui ne savent toujous pas ne se décideront que sur un coup de tête hasardeux, comme toujours. Alors, en définitive, tout ceci ressemble bien à ce qu'on appelle un coup médiatique. Et moi, je n'aime ni donner ni recevoir des coups.
Par Zenon - Publié dans : partie-de-campagne
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Mardi 27 mars 2007
Ceux qui espéraient une élimination au premier tour de la virevoltante candidate devront se faire une raison: M. Bayrou ne passera pas devant la dame, politesse oblige!

Son différentiel d'intentions avec le parti sur lequel il avait lancé une OPA (opération publique d'appauvrissement), de l'ordre de 5 points, se creuse à nouveau, ce qui, compte tenu de l'incertitude des méthodes de sondage, accentuée par le peu de fiabilité des intentions accordées actuellement au Béarnais (sur celles qui lui sont favorables, un sondé sur trois seulement déclare être ferme dans son choix), condamne le candidat oecuménique à la place, inconfortable, de premier éliminé du scrutin final.

Mais que disent les sondages? Peu et beaucoup, en fait, si on parvient à lire entre leurs lignes, bien estompées, et volontairement, plus personne n'en doute aujourd'hui. Six sondeurs sur la sellette: TNS/SOFRES, BVA, IPSOS, CSA-TMO, IFOP et LH2. Si on juxtapose leurs prévisions: M. Le Pen est entre 11 et 14,5%; M. Bayrou, entre 17 et 22%; Mme Royal, entre 24 et 27%; M. Sarkozy, entre 26 et 31%. Conclusion: les candidats sont significativement à l'écart les uns des autres avec, tout de même un léger rapproché entre les deux qui peuvent envisager de figurer au second tour.

Tout le reste est affaire d'interprétation, plus ou moins partisane, certains "spécialistes" ne se privant pas d'avantager leur préférence de manière assez grossière. Entre les meilleures cotes et les moins bonnes, une disparité me frappe: MM. Bayrou et Sarkozy montrent un écart de 5 points alors que M. Le Pen ne varie que de 3,5 et Mme Royal de 3 seulement. Cette dernière serait-elle la plus fiable de tous les candidats? Ou bien celle qu'il convient de manier avec des pincettes étant donné son caractère ombrageux?
Par Zenon - Publié dans : partie-de-campagne
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Jeudi 22 mars 2007
Vous avez certainement remarqué que j'aime assez les sondages. Et bien, plus que les sondages, ce sont les enquêtes d'opinions, dont je raffole, parce que si pas mal de sondés sont réticents à se livrer véritablement, quand on leur demande non pas à qui ils vont confier leur bulletin, mais leur point de vue sur tel ou tel sujet, la plupart du temps, ils dévoilent le fond de leur pensée.


En sorte que j'ai beaucoup apprécié l'initiative de RTL2007, qui a demandé aux candidats à l'élection présidentielle de rédiger les cinq questions qu'ils souhaitaient en priorité soumettre à l'opinion publique. Heureuse initiative car on peut ainsi examiner les problèmes qui leur tiennent le plus à coeur et constater comment l'opinion réagit, indépendamment des a priori politiques.

Alors, bien évidemment, la plupart des problématiques que les candidats ont choisi de tester sont conformes à ce qu'on attend d'eux et au petit jeu des devinettes vous répondrez sans difficulté que l'auteur de la question "Seriez-vous favorable au rétablissement de la durée du mandat présidentiel à 7 ans ?" est M. Le Pen, celui de "Quelle est votre opinion concernant la mise en place d’une législation interdisant les licenciements ?" est M. Besancenot (véridique), ou encore "Quelle est votre opinion à l’égard d’une proposition visant à rendre obligatoire le port de l’uniforme et de la blouse dans les écoles, collèges et lycée ?" revient à M. de Villiers (je vous jure que je n'invente rien) et surtout l'irresponsable "Etes-vous favorable à la mesure suivante : Suppression des cautions pour tous les locataires" de M. Bayrou.

Mais il y a une question qui tranche entre toutes, la perle des perles, celle à qui je décerne incontinent la palme de la plati...tude, de la ségocherie (synonyme rarement usité de nunucherie), de l'autrucherie: "Estimez-vous que lorsqu’il y a beaucoup de gens autour de nous qui ne sont pas heureux, on peut être... très/assez/peu/pas du tout heureux". Oui, vous avez tous deviné, car votre fréquentation assidue de ce site indique votre perspicacité infaillible, cette incommensurable stupidité est dûe à Mme Royal. Bravo madame l'ex-futur-présidente! Comme quoi, Royal c'est fatal.

Les résultats de cette enquête se trouve ici: http://www.rtl2007.fr/actualite/0/candidats-sondent-francais-5592.html.
Par Zenon - Publié dans : partie-de-campagne
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Vendredi 9 mars 2007
Il est de bon ton, selon que sa préférence politique est avantagée ou non, de leur accorder attention ou indifférence, mais, pour ma part, ils ont leur signification, si on les observe avec délicatesse. Et la première des délicatesses c'est de considérer, non pas leurs chiffres moyens, mais la plage d'incertitude dont ceux-ci sont extraits.


En prenant l'exemple du sondage Ipsos, réactualisé en permanence depuis plus d'une semaine, les choses sont parfaitement limpides: il y a cinq candidats: MM. Sarkozy, Bayrou, Le Pen, Mme Royal et, comme "cinquième", l'ensemble de tous les autres candidats potentiels, droite et gauche confondues. Pourquoi ce sondage, qui reste pratiquement stable depuis plusieurs semaines, comparable en cela à tous les autres, hormis ceux proposés par le fantasque CSA, est-il limpide? Et bien il indique que ces différents candidats occupent chacun une plage bien délimitée d'intentions de vote, plage qui est contigüe à celle d'autres candidats, mais sans recouvrement réel.

Sarkozy 37 29
Royal 29,5 23,5
Bayrou 24 16
Le Pen 16 8
divers droite/gauche 10 6
Sondage Ipsos (6-8 Mars)

Dans ce sondage l'incertitude est de 3 à 4% (au-dessus et au-dessous), sauf pour le cinquième (1 à 2%).


Ce qui signifie, qu'actuellement, M. Sarkozy est placé devant Mme Royal, qui ne peut le devancer, même en jouant avec la marge d'incertitude liée aux méthodes d'extrapolation du sondage; de même que Mme Royal devance M. Bayrou, avec la même fiabilité, lequel devance M. Le Pen, qui devance l'ensemble des autres "divers" candidats.

En sorte que, hormis dans le cerveau fébrile de certains sondeurs avides de voir leur préférence centriste triompher, M. Sarkozy sera bien devant Mme Royal au premier tour et que les autres participants pourront regagner leurs pénates afin de les honorer de leurs dévotions, bien méritées pour le si beau rêve de gloire qu'ils auront vécu.

La situation peut-elle changer? A six semaines du scrutin, les mouvements d'intentions sont de moins en moins marqués, de l'ordre de plus ou moins 2%. Certes, cela peut provoquer des recouvrements de plages qui viendraient modifier, par exemple le rapport de force entre M. Bayrou et Mme Royal. Mais les éléments influant notablement les décisions de vote sont désormais dévoilés, les "programmes" exposés, alors que faudrait-il attendre? Tout au plus, le "score" des candidats "anti-système" pourrait-il évoluer, mais la marge de manoeuvre est désormais réduite car le déplacement des votes indécis a toutes les chances d'être réparti sur les différents candidats, donc statu quo.

Et regardez, d'ailleurs, comme les candidats consolident leurs positions, en vue du second tour, bien sûr, mais surtout dans l'optique du "troisième", celui des législatives de juin. Un bon indice, non?
Par Zenon - Publié dans : partie-de-campagne
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Vendredi 2 mars 2007
Les sondages, auxquels personne n'accorde d'intérêt mais que tout le monde adore, ont une fiabilité limitée. Leurs tendances, au fil des semaines, donnent déjà des indications plus claires sur le résultat que tout le monde aimerait anticiper. Alors comment faire mieux?


Mieux, c'est demander l'avis, non pas des personnes qui vont aller (ou pas) voter, mais de ceux qui observent les tendances de ces sondages, donc une sorte de sondage sur les observateurs de sondages, sur ceux qui cherchent à décrypter les sondages. Ce sondage des sondages prend la forme d'un pronostic: on parie sur la fiabilité d'un sondage: cela s'appelle un marché prédictif. Et cette cote des prédictions fonctionne fort bien et permet à des parieurs, outre-Atlantique notamment, de réaliser des gains de taille.

Il existe un site permettant de plonger dans cet univers spéculatif, sans risque, puisque gratuit: newsfutures. Vous pouvez donc parier sur les chances des différents candidats et même sur l'éventualité d'autres évènements de la campagne, par exemple: M. Le Pen sera-t-il finalement candidat ou M. Chirac, etc.

J'ai consulté la cote des principaux candidats, calculée pour matérialiser les spéculations sur les chances de chacun, au vu de tous les sondages ou tout autre "pifomètre" pertinent. Grande limpidité: 55% des prédicteurs pensent que M. Sarkozy l'emportera en Mai; 35% pensent que ce sera Mme Royal; et 12% M. Bayrou. Voilà le verdict de ces observateurs-spéculateurs avertis.

Mais le fait d'être, en principe, plus avertis en fait-il des devins? Certes non. Mais je pense que l'interrogation sur le résultat des sondages, ainsi que la prise en compte de "menus" évènements de la campagne (les affaires, les discours et leur réception dans l'opinion publique, etc) donne une image plus réaliste de ce que donnera la décision finale des électeurs, puisque c'est le processus même de cette décision que le pronostiqueur doit considérer. Au final, donc, une plus grande fiabilité.

En attendant, voilà un moyen de se distraire de cette campagne, somme toute pas très réjouissante. La faute à qui?
Par Zenon - Publié dans : partie-de-campagne
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